Blutch et Blutch

Les dessins que j’ai fait pour le journal  »La Charente Libre » lors du festival d’Angoulême, c’est pratique, ça occupe mon blog. L’intitulé qui m’avait été donné pour celui-ci était : « Blutch, le tire-au-flanc des Tuniques Bleues, et Blutch, l’auteur de BD, qui doit son surnom au premier. » Un matin à Angoulême, alors que je dédicaçais pour le formidable magazine « Kramix », une femme calme et classe s’est approchée de moi. Elle m’a tendu un carnet de croquis et m’a dit : « Je suis une amie de… » Je n’ai pas entendu le nom qu’elle prononçait. Non, pas entendu. J’étais fatiguéééée, m’étais couchée tard, trop tard, et avais été réveillée trop tôt par mon éditeur frappant à la porte de ma chambre. Au petit matin, on avait trouvé mon portefeuille, mon badge, et la moitié de mon sac à main (= de ma vie) étalés dans le hall de l’hôtel. Mon éditeur voulait juste ramener les bribes échouées de ma vie, et me demander de me rassembler, un peu, pour faire bonne figure face aux lecteurs. Que s’était-il passé pendant la nuit ? On ne sait pas. À cet instant, c’était le matin, et cette femme était là, devant moi, avec son calme et son carnet. « Une amie de qui ?? » J’ai bafouillé un peu grognon parce que je n’avais pas encore bu de café, et pasqu’elles sont où mes lunettes bordel ??! « Une amie de B L U T C H .  » a-t-elle gentiment articulé. « C’est son anniversaire ce soir, alors je collecte tout un tas de dédicaces pour les lui offrir. » Stupéfaction. « Ha ! Ha ! Ha ! Quelle bonne blague ! » je me suis dit. « À moins que je n’ai pas compris… S’il vous plait ? Quelqu’un a-t-il retrouvé la moitié de mon cerveau dans le hall de l’hôtel ? » Puis, j’ai ouvert le carnet, et j’ai vu. J’ai vu une quinzaine de dédicaces faites toutes en courbettes par des dessinateurs révérencieux, admiratifs et désireux de montrer leur adulation. Tous s’évertuaient à condenser en un dessin les vertigineuses louanges, les douces cajoleries et tous les éloges dithyrambiques possibles pour encenser celui qui semblait être leur idole absolue, leur exemple ultime, B L U T C H, l’utra talentueux président du festival. « C’est obscène. Rampant. Obséquieux. » j’ai pensé. « Quel manque de dignité. » Et puis, j’ai fait pareil. En plus je suis certaine que ces dessinateurs aplatis étaient tous très sincères dans leur aplatissement. Blutch, merde !

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